Comme tous les dimanches, aux alentours de 16H, ma femme et moi sortîmes faire un jogging en cette belle journée du 27 janvier. Lassés par notre itinéraire habituel aliant Chemin du Benech,
Impasse Déodat de Séverac (qui n'est pas une impasse, ceci est important pour la suite de l'histoire), puis Route de Fontenille (
voir
la carte), nous décidâmes d'innover un peu. Notre enthousiasme se porta sur la récente découverte de parcs et voies piétonnes (voir
cet article), et plus particulièrement sur le chemin de Fonrouge situé à proximité de chez nous et ne nécessitant pas de trajet en voiture.
Arrivés au Chemin des Carrelasses, nous le parcourîmes jusqu'à croiser le fameux Chemin de Fonrouge (
voir
la carte). Le chemin, en gravier sur terre battue, demeure en effet bien plus agréable que les allées goudronnées aux trottoirs approximatifs auxquels nous étions habitués.
C'est ainsi que nous nous engagions sur ce petit chemin surprenant, bordant un petit bois et jouxtant un terrain vague. Un jeune, sur une motocross certainement débridée, jouissait fougueusement
de la peine qu'il infligeait à nos sens, olfactif comme auditif. Plus loin, une ou deux familles se promenaient en sens inverse, à moins que ce soit nous. Ce qui, au passage, participa à nous
rassurer sur la fréquentation de ce chemin. Nous connaissons tous les petits chemins près d'un bois, où les bandes de jeunes jouent à la guerre ou s'adonnent à un voyage spirituel des plus
douteux.
Poursuivant notre route, nous eûmes droit à notre premier "bonjour" de la journée, envoyé par deux petites femmes d'âge respectable. Etait-ce donc ça que l'on appellait la convivialité
Fonsorbaise ? Le fait est que nous leur retournions leur hommage avec un grand sourire, adeptes de la surenchère que nous sommes. Quelques flaques de goudrons se firent bientôt sentir sous nos
pieds, jusqu'à ce que le chemin se transforme en petite route, puis bifurque pour ne pas rentrer dans un terrain barbelé appartenant à la "DGA" je crois. La fatigue commençait à peine à
s'insinuer dans nos jambes lorsque nous fûmes forcés d'escalader ce que l'on nomme le Chemin Jean Blanc. En effet, contrairement à ce que le plan nous avait indiqué, le Chemin de Fonrouge
s'arrête au Chemin Jean Blanc, puisque la suite, même si elle conserve ce même nom, se trouve être un chemin privé lourdement grillagé.
L'ascension se faisait de plus en plus difficile et nous décidâmes de marcher un peu sur ce chemin en côte qui n'était pas prévu au programme. Celui-ci nous emmenait inexorablement vers la Route
de Tarbes, à l'odeur acre de la circulation et au parcours difficile des trottoirs traîtres qui la bordent. Alors, lorsqu'une rue perpendiculaire s'offra à nous, en nous proposant de suspendre la
progression face à la côte, c'est avec entrain que nous décidions de nous y engager. Cette petite rue était, il faut le dire, un réel plaisir. Nous retrouvions cette terre battue si moelleuse qui
faisait le Chemin de Fonrouge et que nous espérions rejoindre, à moins que la voie sus-nommée ne nous emmène vers la Route de Tarbes. Mais bien vite, l'ardeur des premiers pas céda la place à une
vive interrogation. La cloture que nous gardions à notre droite et qui semblait protéger une résidence privée s'enfonçait, un peu plus loin, dans le petit bois. Mais la route sur laquelle nous
étions semblait devenir chemin de terre, et s'arrêter abruptement à l'orée du dit bois. Nous marquâmes une pause, cherchant notre chemin. A gauche, une voie goudronnée descendait vers quelques
habitations sans présenter la moindre issue. A droite, la cloture, en face, le petit bois : il nous fallait faire demi-tour. Et alors que nous débattions de l'inadéquation de l'appellation Rue
des Glaïeuls, une voix masculine nous parvint bientôt.
- Vous cherchez quelque chose ?
Ma femme, ayant vu surgir l'individu, fut la première à lui répondre.
- Désolé, on courait et nous nous sommes perdus.
- Vous savez où vous êtes ici ?
La situation devenait des plus cocasse : nous comprenions ce que l'homme nous disait, mais lui ne semblait pas comprendre ce que ma femme lui avait répondu. J'essayais à mon tour.
- Non, nous ne savons pas où nous sommes. Nous...
- Vous êtes sur une propriété privée ici !
A priori, l'homme ne me comprenait pas non plus. Sinon, il ne se serait pas senti obligé de fournir la réponse à sa propre question. Il était bedonnant, d'une cinquentaine ingrate, et portait un
gilet qui me rappela celui d'un sketch des inconnus sur les chasseurs.
- Allez, dégagez, vous n'avez rien à foutre là.
- Mais...
- Cassez vous je vous dis, ou je vais vous en foutre une ! Bande de connards !
Et, associant le geste à la parole, l'homme s'approchait une main en l'air. Il y avait manifestement méprise. Ma femme tenta à nouveau quelque chose.
- Monsieur, calmez-vous, ça ne sert à rien de s'énerver !
- Nous avons vu marqué "Rue" à l'entrée de la route, alors...
- Je vais te montrer moi dans mon cul si y'a marqué "Rue" !
L'homme continuait de s'approcher, sa main brandie telle une arme contondante. Derrière lui, sa femme (a priori) arrivait. Elle parut comprendre notre embarras face à son bourrin de mari et lui
demanda à son tour d'arrêter. De toutes façons, nous avions déjà fait demi-tour et nous marchions tranquillement vers la sortie, ou plutôt l'entrée, de ce qui était en fait une Impasse,
décontenancés par le grotesque de la situation . Mais ça ne suffisait pas à l'homme qui nous suivait toujours. Je pouvais presque sentir son haleine alors qu'il me rattrapait, et lorsque je
tournais la tête dans sa direction, des effluves de vieille vinasse et de foie malade emplirent mes cavités nasales. Je décidais donc de poursuivre ma route, espérant que ma femme me suivait et
que le gros bonhomme s'essouflerait bientôt pour s'étrangler dans les injures dont il me couvrait.
Malheureusement, il lui fallait plus d'action. Dans un effort qui devait être surhumain pour un homme de son gabarit, il m'attrapa le bras pour me tirer violemment en arrière et profita de ma
surprise pour m'asséner un coup derrière la tête. Bien vite, je me défilais pour lui faire face, et, espérant que des témoins pourraient assister à la scène, au cas où, j'énonçait bien fort :
- Mais il est malade ce type !
Et c'est ainsi que sa femme se mit à m'insulter à son tour. La mienne commençait à perdre patience, et je dû la prendre par le bras pour tenter de l'emmener loin de cette impasse de fous.
Seulement elle avait vu ce qu'il m'était arrivé quand j'avais tourné les talons, et quelque part elle avait dû trouver qu'il n'y a rien de plus dangereux que de tourner le dos à un chasseur ivre
en colère. Et moi aussi, je craignait que son impuissance ne le force à sortir un fusil pour nous plomber l'arrière-train. Alors, pour la convaincre, je m'autorisais alors un petit plaisir.
- Allez viens chérie, de toutes façons tu vois bien qu'il ne peut pas courrir.
J'avais savouré chaque syllabe en prononçant cette phrase avec un mépris évident. J'en étais réduit à une telle bassesse pour calmer une colère qui ne m'était pourtant pas familière. Par contre,
j'avais décuplé celle de notre concitoyen peu chaleureux qui fit mine de se lancer à notre poursuite, mais fut rapidement retenu par sa femme qui le rattrapa, puis le ceintura, tout en nous
insultant.
Nous partîmes donc en direction de la Route de Tarbes, l'incident nous ayant redonné de l'énergie, sans doute par l'action de l'adrénaline qu'induit tout conflit de contact. Nous continuâmes à
nous interroger sur la raison de tout ceci, sans réellement trouver de réponse. Ma femme avança que la Rue des Glaïeuls était peut-être une voie privée, même si rien ne semblait l'indiquer, à
commencer par l'appellation et l'absence de différenciation avec une banale route de campagne. Sur le chemin du retour, il se trouve que nous passâmes devant un chemin magnifique au milieu des
bois. A l'entrée de celui-ci trônait un portail massif ainsi qu'un petit numéro. Il ne portait apparemment pas de nom, et il nous sembla donc évident qu'il s'agissait d'une voie privée.
En rentrant, nous cherchions alors à quoi reconnaître une voie privée d'une voie publique. Et nous trouvions une page (
voir la page) qui
nous explique ceci :
Sur une voie privée, "
la notion d'ouverture à la circulation publique est donc une notion floue. La volonté, par l'ASL (Association Syndicale Libre des riverains)
, de garder à la
voie un caractère privé peut se traduire par la présence d'un portail, d'une barrière, mais aussi d'un panneau ou d'un caniveau marquant la limite avec la voie publique. C'est le juge qui
apprécie ensuite en cas de litige."
En résumé, il suffit qu'il soit manifeste que la voie est privée pour qu'elle le soit, et il existe de nombreuses manières de le faire. Or, l'entrée du Chemin des Glaïeuls débouche directement
sur la voie publique sans aucune différenciation (si ce n'est le passage de graviers sur terre battue à route goudronnée, ce qui ne signifie rien en soit), et un panneau à l'entrée de la rue
prétend "
Rue des Glaïeuls". Qu'est-ce qu'une rue ? Le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales (
voir site) nous
renseigne : "
Voie de circulation bordée de maison dans une agglomération." C'est exactement ce que semble être la Rue des Glaïeuls, et il s'agit plus précisément d'une impasse, et
la précision aurait été heureuse, quoi que non obligatoire puisqu'une impasse est une "
rue sans issue" (
voir CNRTL encore). Par
contre, nous avons découvert que l'Impasse Déodat de Séverac était forcément mal nommée, puisqu'elle présente plusieurs issues.
Légalement, nous avons cherché notre faute, mais nous étions manifestement dans notre droit le plus strict de circulation sur la voie publique. A pied qui plus est. J'ai donc contacté la
gendarmerie de Saint Lys pour signaler l'incident, mais refusé de porter plainte contre ce pauvre bougre un peu rond, persuadé d'avoir été un héros aux yeux de sa femme. Rendez-vous compte, il a
chassé deux jeunes, donc forcément des gauchistes, sportifs et en jogging, donc sûrement des écolos, et avec les cheveux mi-long, à coup sûr des hippies, de sa précieuse propriété isolée de tout
contact social non sollicité. Toutefois, la gendarmerie de Saint Lys m'a précisé qu'elle passerait voir ce monsieur le lendemain pour lui demander, si possible, d'éviter de frapper ses
concitoyens perdus. Vivement que Fonsorbes dispose de sa propre gendarmerie, n'est-ce pas ? Nous y serions allés en courant !
Quoi qu'il en soit, nous réfléchirons à deux fois avant d'essayer de nouveaux itinéraires à Fonsorbes. Apparemment, la convivialité présentée par Monsieur le Maire dans sa brochure de réélection
s'arrête aux portes de sa Mairie. Quand je pense que certains supporters de la liste Demain Fonsorbes ont un dialogue à peu près aussi ouvert et respectueux que la star du jour, me raillant parce
que je joue de la guitare par exemple, comme si c'était une honte, ou m'invectivant parce que j'ai emménagé ici, à Fonsorbes, alors que je n'ai rien à y faire, bref, quand je constate ces
similitudes entre de vrais fous (dangereux) et certains hommes de politique, ça me fait froid dans le dos. Décidément, la liste Fonsorbes Autrement, menée par Philippe Séverac, s'avère réellement
la seule issue possible à l'impasse dans laquelle plonge Fonsorbes. Et les Fonsorbais devraient faire attention, car au bout de l'impasse on trouvera peut-être un homme bedonnant prêt à
distribuer claques et plombs sans sommation, enfin dès qu'il aura posé son menhir.